dimanche 1 mars 2009

Trésor et forteresse





Le Liu bao est un thé noir post-fermenté (hei) de la région de Guangxi. Son nom vient de la ville éponyme du comté de Cang Wu.

Les feuilles de Liu Bao subissent une fermentation accélérée suivant le processus "wo dui" qui a inspiré les ingénieurs de Kumming au début des années 70 pour la création du puerh "cuit" (shu). A ce titre le Liu Bao est donc un peu le père du puerh cuit du Yunnan.

Le Liu Bao est traditionellement empaqueté dans de gros paniers de 50 à 60 jin (1 jin = 500g) et était essentiellement bu dans les restaurants (de Macao notamment). On le trouve souvent de nos jours conditionné dans de petits paniers de 500g ou sous forme de galette (de 100g à 1kg).

Allez savoir pourquoi, malgré un processus de fabrication proche de celui du puerh cuit, les saveurs "off" sont rares dans le Liu Bao. La liqueur est souvent très ronde, juteuse avec des notes de noix (de betel?) et de racine. S'il a peu de chaqi, il aide certainement à la digestion (en ce qui me concerne en tous cas). A boire en guise de digestif en quelque sorte. C'est un thé simple mais qui a son charme et est de surcroît très économique.





J'en ai bu un certain nombre ces deux derniers mois, de qualité variable. Car il ne faut pas se leurrer, comme pour le pu'er, le Liu Bao a ses imitations et ses productions bas de gamme (bien que les enjeux économiques soient moindres). Sur la base de mes dégustations, si je devais dresser un top 3, je placerais sur le podium les thés suivants:

1. Liu Bao "58" de la Maison des Trois thés: Le meilleur à mon sens grâce aux notes vieillies plus prononcées qui lui donnent une complexité supplémentaire (bien que le Liu Bao ne s'améliore pas drastiquement avec l'âge).
2. Liu Bao 90s de Houde: Très équilibré, proche d'un pu'er par moments. Pour moi le meilleur rapport qualité/prix.
3. Liu Bao "85" de la m3t: Il s'agit d'une petite galette de 100g fabriquée par "3 cranes" (Guangxi Wuzhou Tea Factory, la plus célèbre).

J'ai par ailleurs bien aimé celui de T'Cha, boutique à Paris. Son goût très humide pourrait ne pas plaire à tout le monde mais il est par ailleurs bien fait et très juteux. A boire sans lever le petit doigt cependant.

Pour finir, chose amusante, j'ai remarqué que Liu Bao Cha pouvait s'écrire en Chinois soit 六堡茶 (Six Forteresses), soit 六宝茶 (Six Trésors). Dans les deux cas le second idéogramme se prononce de manière identique. Je pense que 六堡 est la façon correcte de l'écrire mais sans certitude. Un avis?

dimanche 22 février 2009

Guang Yun Gong 80s acte 2



Et bien oui. Encore du Guang Yun Gong. Et de la même période qui plus est. En effet, je ne bois en ce moment presque que des thés noirs (hei). Un cycle que dont je sens cependant la fin approcher.



Il s'agit cette fois d'une version vrac ainsi que d'une autre version galette (les galettes étant cette fois emballées dans du papier). Les deux ont été préparés en théière "taẅanaise" et dosés à 5g.

Le vrac est très bon. On reste sur des notes identiques à celles du GYG présenté la dernière fois (humidité, noix/arachides, racine) mais avec des notes vieillies beaucoup plus présentes (comprendre par "vieillies" meuble ancien, cire, "poussière"). Le thé est stable jusqu'à la 7eme infusion avant de très vite tomber. Chose étonnante, les dernières et longues infusions pourraient être celles d'un pu'er. Comme si les feuilles du Yunnan qui rentrent dans la composition de ce thé étaient plus endurantes que leurs consoeurs d'autres états.




Les feuilles sèches de la galette sont plus petites et montrent des signes de stockage humide (fines traces blanches). Ces traces ne me gênent pas vraiment. Tant que le thé n'est pas couvert de champignons jaunes (golden flowers), je le bois sans peur. Devrais-je par précaution écarter ces thés trop humides? Bien qu'ayant lu plusieurs études sur le sujet je n'arrive pas à me faire une idée sur la dangerosité des champignons qui peuplent parfois nos galettes. Dans le doute, j'évite quand même les gros jaunes fluos.

La galette m'a moins plu. Certes le thé a un peu plus de qi (qui remonte le long du dos et fait chauffer les épaules) mais il a aussi un goût de vieux papier que l'on trouve parfois dans les shu. Celui-ci est surtout présent sur les premières infusions avant de s'effacer. Ce thé reste malgré tout bien bon.




Afin d'en savoir un peu plus sur le Guang Yun Gong, j'ai fait quelques recherches. Enfin, j'ai essayé. La tâche est en effet loin d'être aisée. Rien en français, pas grand chose en anglais si ce n'est la traduction d'un article en chinois publiée sur teadrunk. J'ai donc essayé de faire des recherches en chinois, équipé de google translate et de mon dictionnaire français-mandarin. hard mais amusant. Le résultat n'est en tout cas pas à la hauteur des efforts fournis. Une page sur 2 est l'article en v.o. traduit sur teadrunk, le reste des banalités ou de l'information inexploitable. J'ai cependant trouvé ceci:


Les neifei des galettes de GYG des années 60, 70 et 80. La date n'est pas très précise mais au moins ça donne une idée. Je suis preneur de toute autre information.

samedi 31 janvier 2009

Guang Yun Gong des 80s




Pour ceux qui n'en auraient jamais entendu parlé, le Guang Yun Gong est un thé post-fermenté originaire de la province du Guangdong. A l'instar du puerh il est le plus souvent compressé en galettes, bien qu'il soit également possible de le trouver en vrac.

Celui-ci a été compressé dans les années 80, les galettes nues (sans emballage) ayant été regroupées par tong. Je l'ai dosé à 5 grammes et préparé dans ma théière à pu'er.

Les feuilles sèches présentent les signes d'un stockage plutôt humide. Elles dégagent une odeur de meuble ancien et de cire, cette odeur de "vieux" que l'on retrouve souvent dans les thés d'un certain âge.

Petit rinçage, infusion de 30s et première constatation: Ce GYG est assez proche d'un vieux Liu Bao Cha. J'ai eu précédement l'occasion de goûter un GYG plus ancien qui m'avait semblé beaucoup plus proche d'un puerh, même si certaines notes laissaient penser qu'il n'en était pas un. Surprise donc.




Après quelques infusions, le thé développe des notes liquoreuses, des saveurs typiques des Liu Bao mais sans la matière et le juteux de ces derniers. Le thé imprime cependant fortement la gorge et la longueur en bouche est excellente. La dégustation s'accompagne de bouffées de chaleur périodiques.

Bien qu'il soit plusieurs crans en dessous du précédent que j'avais goûté (une bombe!), j'ai vraiment passé un bon moment avec ce thé. J'en mettrais bien une ou deux galettes sur mon étagère...

samedi 17 janvier 2009

Menghai 7542 de la fin des 80s


A l'instar de la célèbre "88 Qing Bing"*, cette 7542 a été stockée dans un environnement "sec" (entendre "sec" par "plus sec que le stockage traditionnel en vigueur à Hong Kong"). Elle a été produite à la fin des années 80 ou au début des années 90.

Les parfums qui se dégagent de la théière préchauffée après y avoir placé les feuilles sèches sont ténus et ne nous disent pas grand chose sur ce qui nous attend.



En revanche la liqueur est claire et d'une belle couleur orangée. Le thé est rond en bouche, fruité, sucré avec des notes de champignon. Le tout est parfaitement "propre" et équilibré. Les infusions s'enchaînent avec une belle constance dans la palette aromatique et dans la texture avant de montrer les premiers signes d'essoufflement une fois passée la dizième infusion. Le thé est long en bouche, les saveurs s'accrochant véritablement au palais.

Il s'agit sans aucun doute là d'un très bon thé.


* La 7542-901 (dite "88 Qing Bing"), qui a bénéficié d'un stockage sec à Hong Kong dans les entrepôts de "Best Tea House", est considérée comme le pont entre la décénnie des 80s et celle des 90s. Alors qu'elle est l'un des derniers puerh des 80s, elle sert aussi généralement d'étalon pour l'évaluation du prix des puerh de cette décénnie.

dimanche 14 décembre 2008

Hua Lien 1987


Ce thé taïwanais vient de chez Camellia Sinensis. Je l'ai dosé à 8g dans une théière de 12cl (première infusion à 15s).

A l'instar du Baozhong 85 acheté au même endroit, ce thé est encore assez vert. Il développe des notes minérales, acides, qui combinées à une belle texture en font un thé très agréable à boire. On aurait seulement souhaité qu'il soit un peu moins charbonneux (il a probablement été torréfié il y a peu) et plus patient.

Bien qu'il ne corresponde pas tout à fait à ce que j'attends d'un thé de cet âge, ce Hua Lien est tout à fait sympathique. A un prix très correct de surcroît.

mercredi 10 décembre 2008

Anji Bai Cha


Comme son nom ne l'indique pas (Bai Cha signifie "thé blanc"), l'Anji Bai Cha est un thé vert de la région d'Anji (Zhejiang). Celui-ci vient de chez Camellia Sinensis, maison de thé à Montréal. J'ai l'ai préparé dans un zhong rempli au tiers, laissant les feuilles infuser environ une minute les deux premières fois avant d'augmenter graduellement la durée jusqu'à la cinquième infusion.

Les feuilles sèches, en aiguilles de pin, sont très odorantes. Elles dégagent des arômes à la fois fruités (maracuya?) et fleuris.

En bouche, la liqueur est parfumée, fondue, équilibrée. Les saveurs végétales dominent, avec des notes d'herbes médicinales et de légumes (haricots verts? feuilles de carottes?). J'ai également identifié un petit goût de réglisse naturel et, en retrait, quelques notes fleuries. Il y a du volume dans la liqueur qui n'écrase cependant pas les saveurs les plus délicates.

dimanche 23 novembre 2008

Yi-Chan-Hao Yi-Ban Wild Arbor Cake de 2003



Je poursuis la visite des puerh de ma cave avec un produit de 2003 de la Changtai Tea Factory. Ce thé a été préparé dans ma théière à puerh, dosé à 4g (première infusion de 15s).

Cette galette est légèrement compressée, ce qui permet d’en détacher facilement les feuilles et, dit-on, d’en favoriser le vieillissement. Au nez les feuilles sèches dégagent des arômes délicieux qui ne sont pas sans rappeler le tabac de mon grand-père (nostalgie, nostalgie…).

Les premières infusions sont troubles mais présentent une belle teinte orange pâle. En bouche la liqueur est bien présente, soyeuse, mais sans être d’une excessive rondeur. Des notes camphrées se développent sous le palais, apportant de la fraîcheur à l’ensemble. Néanmoins, des saveurs fumées encore un peu prononcées et une légère amertume viennent ternir le tableau gustatif. Rien de bien surprenant néanmoins pour un si jeune sheng.

Le qi est puissant et relaxant. Il s’exprime essentiellement dans le dos et les jambes. Cette énergie positive est sans nul doute le point fort de ce puerh qui, sans être le kava du thé, est à mon sens plus intéressant à ce stade pour les effets physiques qu’il procure que les saveurs de la liqueur.

Conclusion:

Malgré quelques bémols, je suis plutôt confiant sur l’évolution de cette galette. Je regrette même de ne pas en avoir acheté plus il y a deux ans.







Il n’est pas rare que très loin l’on se sente comme à la maison. Les lumières d’automne de Santiago du Chili ou certaines façades de Buenos Aires par exemple, nous ramènent irrémédiablement vers l'Europe. L’inverse aussi est parfois vrai. Ces paysages du Teruel, en Aragón, ne font-ils pas plus penser aux déserts du Moyen Orient qu’à l’Espagne de Don Quijote?